Auteur : Georges CASALIS et Jean-Louis KLEIN.
 
Tome 9 - Colonne 1243
Acheter l'article complet
5 €
Titre de l'article : LUTHÉRIENNES (SPIRITUALITÉS).
Début de l'article :
— Tout se joue ici sur une question existentielle : « Wie krieg ich einen gnädigen Gott ? », mot à mot : « Comment obtenir un Dieu qui me soit miséricordieux ? ». On le sait, c'est la question lancinante que, durant une dizaine d'années de couvent, le jeune moine Martin Luther ne cesse de se poser. Entré chez les augustins d'Erfurt à l'âge de vingt-deux ans, il n'a ni amour déçu, ni fuite devant des échecs professionnels, ni peur devant un monde exaltant et terrifiant par les soubresauts qui l'agitent au passage du moyen âge à la Renaissance ; mais uniquement, fiché au plus profond de son être, le désir d'être un chrétien parfait et, pour cela, en plein accord avec Dieu. Barré le chemin des oeuvres toujours défaillantes et des mérites insuffisants, impossible et folle la tentative d'« escalader le ciel », il ne lui reste que la confiance en un Dieu qui serait éternellement le prochain secourable et jamais plus le juge implacable : longtemps il erre d'élans en désespoirs, de résolutions ascétiques en découragements pathétiques, épuisant tour à tour toutes les vertus de l'obéissance 1244 monastique, de l'intercession des saints et de la Vierge, des disciplines intellectuelles et des mortifications. Tout restera vain tant que ne se sera pas produit le renversement décisif dans sa lecture de la réalité : très précisément, c'est le concept central de la justice divine qui bascule d'un coup ; Dieu n'est plus le censeur impitoyable qui jauge inexorablement les tentatives des hommes pour se rapprocher de lui ; il n'est plus celui qui applique un code rigoureux de principes et de peines, il est celui qui communique au pécheur une nouvelle qualité d'être ; il le déclare et le rend juste, dans la mesure même où l'homme révolté reconnaît son erreur, la confesse et s'en repent, c'est-à-dire : cesse de présenter excuses et défense et « donne raison à Dieu contre soi ». Cette redécouverte évangélique, théologiquement : cette élaboration d'une nouvelle notion de Dieu, va colorer toute la spiritualité luthérienne et, à partir d'elle, toute celle des Églises de la Réforme, — mais il s'agira ici de mettre en évidence la spécificité de l'intuition fondamentale du Réformateur allemand ; si l'expérience de...

[...]



Cet extrait est constitué d'environ 1 page et l'article complet contient 31 pages.